Entrée gratuite

L'exposition 

LILETTE ET GILBERT VALENTIN, LES ARCHANGES : 50 ANS DE CRÉATION

Potiers, céramistes, sculpteurs et peintres, Lilette (1925-2006) et Gilbert Valentin (1928-2000) participent à l’essor artistique que connaît Vallauris après la Libération. 
Né en Lorraine, Gilbert Valentin grandit dans le rayonnement culturel de l’École de Nancy. Son père, ferronnier d’art, l’initie au travail du fer. De 1946 à 1948, il se forme successivement à Dieulefit, Montpellier et Vierzon, acquérant une maîtrise complète des techniques céramiques — tournage, émaillage, cuisson au bois ou au four électrique, chimie des émaux et construction des fours. C’est à Dieulefit qu’il rencontre Lilette Duport, diplômée des Beaux-Arts industriels de Grenoble. En 1949, alors en stage à la faïencerie de Lunéville, on lui propose un poste d’adjoint au directeur, qu’il décline pour rester libre. Unis par une même passion et une soif de liberté, ils poursuivent chacun leur formation avant de s’installer en 1950 à Vallauris dans une ancienne fabrique qu’ils baptisent "Les Archanges". Ce lieu devient rapidement un espace d’art et de vie où grandissent leurs cinq enfants et où se réunissent poètes, musiciens et écrivains, dont Jean Cocteau, Pablo Picasso et Jacques Prévert.
Tout au long de leur parcours, les Valentin explorent et renouvellent leur pratique : d’abord centrée sur la poterie, leur œuvre s’ouvre à la sculpture, à la peinture et au dessin, avant de revenir à la céramique sous la forme de tableaux poétiques et symboliques.
Pendant près de cinquante ans, Lilette et Gilbert Valentin ont exposé en France et à l’étranger. Ils ont fait de leur galerie un lieu d’échanges et de création, aujourd’hui redécouvert à l’occasion de cette exposition.

1950 - L’ARRIVÉE À VALLAURIS

Comme on annonce la naissance d’un nouveau-né, je vous annonce que notre poterie à Valentin et à moi existe et qu’elle me semble un palais.
Lilette Valentin

C’est tout un univers qu’ils vont bâtir. Parce qu’il veut rester libre et indépendant, Gilbert Valentin refuse un poste à responsabilité dans une faïencerie à Lunéville. Lilette, qui a découvert Vallauris, l’incite à la rejoindre. Comme eux, de nombreux artistes et artisans convergent vers ce village devenu une scène atypique de l’émulation artistique d’après-guerre.
Le couple s’installe dans une ancienne poterie culinaire, chemin du Fournas. Dans ces vétustes bâtiments, tout est à reconstruire et à réinventer. À force d’opiniâtreté, ils créent leur maison, des ateliers et une galerie : Les Archanges. Sur un muret, à l’entrée de la grande cour fleurie, est posée leur enseigne : un vase couronné d’une auréole, aux anses en formes d’ailes, et qui devient leur signature. Célébrités comme simples visiteurs s’y retrouvent, séduits par ce lieu que leur ami Cocteau qualifie de « magique ».

DE 1950 À 1962, TRAVAIL DE LA TERRE, DES FORMES ET DES MATIÈRES

C’est un très beau métier, un métier cosmique, qui joue avec les quatre éléments : la terre, ensuite l’eau pour la travailler, l’air pour sécher et le feu pour durcir.
Gilbert Valentin

Virtuoses des formes et de la couleur, Gilbert et Lilette affirment leur singularité. Parmi les premiers à rompre avec la symétrie du tournage, ils explorent la souplesse et la courbe, expérimentant des techniques de cuisson et d’émaillage. Gilbert fabrique un tour asymétrique d’où naissent plats elliptiques et vasespichets décentrés, souvent inspirés de formes zoomorphes ou anthropomorphes. Véritable chimiste, il maîtrise les émaux et, inspiré par la lumière franche des Alpes-Maritimes, développe sa palette chromatique par ses propres mélanges d’oxydes : jaune flamboyant, rouge intense, bleu profond ou encore son orange incandescent, l’émail feu. Il donne aussi du caractère à ses matières en intégrant du sable de Biot dans les émaux, créant les noirs granités, noirs Valentin. Entre ses mains, la terre s’anime : pichets oiseaux, vases déhanchés, bougeoirs ou lampes aux silhouettes expressives. Les deux artistes s’initient aussi au tissage et créent eux-mêmes leurs vêtements. Lilette fabrique des abat-jours en raphia et des colliers en céramique. C’est tout un monde qui naît de leurs mains.

DE L’ARTISAN À L’ARTISTE

J’ai l’honneur de vous avertir qu’à compter du 01/01/1962, j’ai effectué les démarches nécessaires auprès de la chambre des Métiers d’Antibes et demandé la radiation de mon Artisanat, et que j’ai définitivement adopté le régime Artiste.
Gilbert Valentin

En 1960, un événement symbolique mais déterminant a lieu à Vallauris, organisé par un groupe de potiers : l’Enterrement de la pièce unique, qui annonce, pour certains, le monopole de la production en série. En réponse à cette crise de la poterie d’art, Gilbert Valentin prend le contre-pied : il casse ses moules et quitte le statut d’artisan pour choisir celui d’artiste. Au même moment, il installe un atelier de fer et décide de réaliser des sculptures métalliques qui sont exposées dans un espace dédié au sein des Archanges appelé «la galerie ».

L’AMI COCTEAU – PRÉSIDENT D’HONNEUR DES ARCHANGES

Mes jolis Archanges,
Je voudrais bien être auprès de vous. J’ai pris la fuite à la campagne.
Je vous embrasse, et les gosses.
Lettre de Jean Cocteau aux Archanges - 10 novembre 1961

C’est Pablo Picasso qui a présenté Jean Cocteau au couple de céramistes. Cocteau est alors installé à Saint-Jean-Cap-Ferrat, à la Villa Santo Sospir chez son amie et mécène Francine Weisweiller. Tombé sous le charme des Archanges, il s’en autoproclame « Président d’honneur ». Naît alors entre Gilbert Valentin et Jean Cocteau le désir de travailler ensemble. Ils réalisent les cadrans solaires Les lézards du village de Coaraze et les décors en faïences du Centre Méditerranéen d’Études Françaises à Cap-d’Ail. À cette occasion, Gilbert Valentin met au point la technique des Empreintes, brevetée en 1962. Leur collaboration artistique est interrompue à la mort de Cocteau en 1963. Une abondante correspondance illustrée témoigne de leur amitié.

PABLO PICASSO ET LA VOITURE À CORNES

Valentin, il faudra me conduire dans ton automobile !
Décorons chacun une porte, envoyons le tout au Louvre où, suspendue au plafond,
la voiture fera un lustre surréaliste, et sera un ex-vauto, (ex-auto) !
Pablo Picasso à propos de la voiture à cornes s’adressant à Braque et Cocteau

Le peintre, devenu céramiste, s’installe à Vallauris en 1948. Chaque jour, il rejoint son atelier chemin du Fournas situé juste en face de celui des Valentin. De sa terrasse, il regarde vivre cette famille bohème, qu’il observe parfois avec des jumelles comme le confie sa compagne Françoise Gilot à Lilette, devenue une amie chère. Curieux, il finit par franchir leur porte et devient leur ami. Il s’amourache de leur automobile, une vieille Renault NN (de 1925) affublée d’une paire de cornes qui lui donne des allures de taureau. Lors des corridas, données en son honneur à Vallauris, Picasso parade dans les rues de la ville en se faisant conduire par Valentin à bord de la voiture à cornes.

LE CLUB DES ARCHANGES

Apportez du vin, du pain, du jambon et des bougies.
Peu à peu, les amis arrivaient, ainsi que l’orchestre.
Lilette Valentin

Aux Archanges, la porte est toujours ouverte. Sous la glycine, la famille vit au rythme de la musique classique, des steel bands et surtout du jazz. Les ateliers et la galerie sont animés de soirées musicales avec Jacques Prévert, Roger Chaput, Jean-François Gaël ou encore Mercedes et Michel Plasson. Un jour, au détour du festival de jazz à Juan-les-Pins, Sidney Bechet vient jouer dans leur cour. Lilette et Gilbert sont aussi passionnés de photographie et documentent leur vie et leur travail. Les photographes Erik Betting et André Villers retracent également cette époque. En 1947, André Villers, un des photographes attitrés de Picasso, installe aux Archanges sa première chambre noire. En 1951, alors qu’il pleut sur Vallauris, le Danois, Erik Betting s’abrite chez les Valentin pour guetter le voisin d’en face : Picasso. C’est le début d’une longue et profonde amitié.

DES ANNÉES 1970 AU MILIEU DES ANNÉES 1980 : LE MÉCA-ART, L’ALCHIMISTE DES OBJETS.

Objets connus : râteaux, sécateurs, haches, objets chargés de pensées, pensées de
Plusieurs générations d’êtres humains, finissant par mettre au point un outil fonctionnel.
C’est ainsi que ces sculptures sont faites d’objets que nous connaissons bien.
Gilbert Valentin

Cette deuxième période est marquée par l’utilisation d’un nouveau médium : le fer. Gilbert Valentin récupère chez les ferrailleurs des objets usagés qu’il transforme avec humour et poésie. Sous son chalumeau, les fourchettes se font oiseaux, les patins à roulettes libellules.
C’est à cette époque, qu’il développe le concept de Méca-art, des oeuvres créée à partir d’objets mécaniques utilisés en totalité, en partie ou en pochoirs. Il décline le Méca-art en deux catégories : les mécasculptures, des oeuvres soudées, les mécaportraits et les mécasphères, des oeuvres picturales.

LES MÉCASCULPTURES

Objets de rebut, objets jetés, rejetés par la société, usure, vieillissement, défauts.
C’est intentionnellement que j’utilise ces objets. Ayant constaté que l’on jetait
hors de la société, avec la même indifférence les êtres humains que l’on jugeait
vieillis, défectueux ou inadaptés...
Gilbert Valentin

À partir des années 1960, Gilbert Valentin s’inscrit dans la mouvance du Nouveau réalisme en France, porté par César et Arman, ses mécasculptures, parfois mobiles, évoquant le travail de Jean Tinguely. Trois d’entre elles sont présentées au Salon de mai, sur les Terrasses du Musée d’Art Moderne de Paris : l’OEil agression (1973), la Roue de fortune (1974) et l’OEil cible (1975). En 1976, il participe à la biennale de Menton et en 1978 deux mécasculptures géantes, de plus de 7 m et 600 kg chacune, sont installées dans la cour du collège Pablo Picasso à Vallauris. En 1995, il expose quinze sculptures monumentales à l’Hôtel Noga Hilton sur la Croisette à Cannes.

LA CÉRAMIQUE SYMBOLIQUE

La couleur de la céramique est la plus merveilleuse des couleurs, c’est un verre transparent dont les éléments colorants sont en suspension, la lumière traverse l’épaisseur du verre et revient vers vous. On ne peut pas obtenir une couleur aussi pure avec la peinture.
Gilbert Valentin

La dernière période des Valentin est marquée par un retour à la céramique murale. Ils délaissent l’abstraction de leurs premières oeuvres pour un univers figuratif et symbolique, alliant animisme et références alchimiques, constitué de colombes, d’arbres de vie, de visages, d’épées flamboyantes, de combats de coqs, d’échiquiers, de chandeliers, de chevaliers… autant de sujets qui éclairent leurs interrogations sur les mystères du monde et de la création. La maîtrise de la matière, la pureté du trait et la richesse des couleurs des émaux sont à leur apogée. Jouant avec les échelles, ils alternent les petites pièces et les oeuvres monumentales comme la fresque de vingt mètres Icare et le labyrinthe réalisée par Gilbert en 1995 pour l’entrée du Théâtre en Rond à Sassenage (Isère).

LES MÉCA-PORTRAITS ET LES MÉCA-SPHÈRES

Y reconnaître un sourire, une expression, un visage connu. Dépassant la difficulté des éléments insolites, l’objet s’anime, trouve une âme et, comme devant une statue de marbre, on oublie le matériau au bénéfice d’un galbe, d’un geste, d’une ligne.
Gilbert Valentin

Une nouvelle technique picturale bouleverse l’esthétique de Gilbert Valentin : l’aérographe. Elle lui permet d’intégrer des éléments du réel à la manière de pochoirs à partir de pièces mécaniques diverses : boulons, ressorts, clés, ciseaux. En les récupérant, l’artiste les ravive : ici, un paysage spatial évoquant les missions Apollo, là un visage humain. Chaque portrait révèle une expression, un caractère : l’étonné, le dubitatif, le pensif, le bougon et le curieux.

L’HÉRITAGE VALENTIN

La fin des années 1990 est marquée par une intense activité de présentations d’oeuvres, en France comme à l’étranger, qui culmine en 2000 avec six expositions. À la fin de cette même année, le 31 décembre, Gilbert Valentin s’éteint à Vallauris à l’âge de 72 ans. Lilette le suit six ans plus tard. Leur fille Flore, artiste elle aussi, continue de faire vivre la galerie, mais en 2012, Les Archanges sont détruits pour laisser place à un projet immobilier.
C’est tout un monde qui semble disparaître. Sept ans plus tard, afin de faire revivre l’oeuvre des Valentins, leurs enfants et petits-enfants créent l’association « Atelier Les Archanges Lilette et Gilbert Valentin » reconnue d’intérêt général, et n’ont eu de cesse depuis de poursuivre ce travail de mémoire.
Lilette et Gilbert Valentin - Quand la terre devient lumière est la première rétrospective institutionnelle consacrée à ce couple d’artistes.

Informations pratiques

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